Insuffisance des apports en acide folique chez la femme en Suisse

Les mots «acide folique» sont mis en évidence au centre d’une loupe

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L’acide folique est important pour la prévention des malformations du tube neural

Des apports suffisants en acide folique pendant la grossesse sont essentiels pour la santé de la mère et de l’enfant à naître. Les folates – terme qui regroupe différents composés de l’acide folique – jouent un rôle indispensable dans la prévention des malformations du tube neural (MTN). Des apports suffisants sont particulièrement importants au début de la grossesse, car le tube neural se referme entre la 3e et la 4e semaine qui suit la fécondation. Toutefois, de nombreuses femmes en âge de procréer ou qui planifient une grossesse restent trop peu informées sur leur statut en acide folique.

Lors d’une grande enquête européenne menée en 2009, à laquelle plus de 22 000 femmes vivant en Suisse ont participé, 70 % des femmes interrogées (77 % des femmes résidant en Suisse) avaient déjà entendu parler des folates ou de l’acide folique mais 17 % seulement (33 % en Suisse) connaissaient leur rôle préventif contre les malformations du tube neural.1

Une nouvelle étude suisse évalue les concentrations d’acide folique chez les femmes

De 2015 à 2016, une équipe de chercheurs de l’EPF Zurich a réalisé une étude en Suisse en vue d’évaluer le statut en acide folique chez les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes. Elle visait également à mieux cerner les connaissances sur l’acide folique dans la population.2

Dans le cadre de cette étude, le déficit en folates était défini comme une concentration en folates dans les érythrocytes < 340 nmol/l. Une concentration en folates associée à un risque accru de malformations du tube neural était fixée à un seuil < 906 nmol/l.

Un statut en acide folique insuffisant chez de nombreuses participantes

Au total, l’étude a permis de disposer des prélèvements sanguins de 171 femmes en âge de procréer (FAP) et de 177 femmes enceintes (FE) pour les années 2015 et 2016. 19,9 % des FAP et 2,8 % des FE présentaient un déficit clair en folates. La prévalence de la concentration de folates < 906 nmol/l était nettement plus élevée (91,8 % des FAP et 52,0 % des FE), et maximale dans le sous-groupe des femmes au premier trimestre de grossesse, puisqu'elle était observée chez 75 % d’entre elles (contre 47 % au 2e trimestre et 56 % au 3e trimestre).
Cela signifie donc qu’au début de la grossesse – justement à la période où les apports en acide folique revêtent une importance particulière –, les trois quarts des femmes n’ont pas des concentrations optimales en acide folique.

Statut en folates chez les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes en Suisse

Histogramme des résultats des mesures du statut en acide folique des femmes en âge de procréer et des femmes enceintes en Suisse.
Plus de 20 % des femmes en âge de procréer ont des concentrations sanguines en acide folique trop basses. 50 % des femmes enceintes suivies à l’Hôpital universitaire de Zurich ont des taux d’acide folique trop faibles et, par conséquent, s’exposent à

11 % des FAP et 83 % des FE ont déclaré prendre un complément alimentaire contenant de l’acide folique au moment de la prise de sang. La concentration en folates dans les érythrocytes était significativement plus élevée chez les femmes qui prenaient de tels suppléments que chez celles qui n’en prenaient pas (935 contre 631 nmol/l chez les FAP et 720 contre 420 nmol/l chez les FE).

Les sources de folates dans l’alimentation

Par ailleurs, 784 sujets masculins et féminins ont été invités à citer les quatre principales sources d’acide folique dans l’alimentation (légumineuses, germes de blé, légumes, fruits).

53 % ont cité les légumineuses et 41 % les germes de blé comme de bonnes sources d’acide folique, mais seulement 13 % et 7 %, respectivement, savaient que les fruits et les légumes sont aussi des sources intéressantes.

Photo des aliments riches en acide folique: légumineuses, fruits, légumes, oléagineux

De nombreuses femmes commencent à se supplémenter trop tardivement, voire pas du tout

L’un des points positifs était que 88 % des femmes connaissaient l’effet préventif de l’acide folique en termes de réduction du risque de malformations du tube neural. Sur l’ensemble des femmes enceintes et des femmes qui avaient déjà des enfants (n = 200), 38 % avaient commencé à se supplémenter en acide folique au moins un mois avant la conception, comme cela est généralement recommandé. Néanmoins, 20 % des femmes ne prenaient aucune préparation contenant de l’acide folique et 44 % avaient commencé à en prendre trop tardivement.

Conclusion

Cette étude montre qu’une proportion élevée des FAP et des FE en Suisse ont des apports insuffisants en acide folique. De plus, le pourcentage de personnes connaissant le rôle essentiel de l’acide folique avant et pendant la grossesse est faible, surtout chez les jeunes adultes et dans les groupes ayant un faible niveau de formation. Ces résultats mettent en évidence la nécessité d’encourager les mesures qui améliorent cette prise de conscience et garantissent des apports adéquats en folates, en particulier chez les femmes qui planifient une grossesse.

Les sources naturelles d’acide folique sont les légumineuses, les germes de blé, les légumes et les fruits. Toute femme qui cherche à tomber enceinte devrait être incitée à se supplémenter en acide folique en plus d’une alimentation saine pour atteindre des concentrations suffisantes et protectrices pendant la phase cruciale du début de la grossesse, car trop de femmes semblent ne pas y penser suffisamment – ou tombent enceintes «par accident».

Littérature

1 Bitzer J et al. Women’s awareness and periconceptional use of folic acid: Data from a large European survey. Int J Women’s Health 2013;5:201–213.

2 Herter-Aeberli I et al. Inadequate Status and Low Awareness of Folate in Switzerland—A Call to Strengthen Public Health Measures to Ensure Sufficient Intakes. Nutrients 2020;12(12):3729.

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